Partir dans un autre pays de l'Union européenne pour y étudier, se former ou enseigner reste une aventure jonchée de chausse-trapes et de tracasseries en tous genres. La Commission est décidée à y mettre fin. Dans un "Livre vert" qu'elle a adopté aujourd'hui à l'initiative d'Edith CRESSON, commissaire à la recherche, à l'éducation et à la formation, en accord avec Padraig FLYNN, commissaire aux affaires sociales, et Mario MONTI, commissaire en charge du marché intérieur, la Commission identifie les écueils souvent aberrants qui découragent la mobilité des étudiants, enseignants, chercheurs, volontaires et travailleurs en formation, et propose neuf pistes d'actions : créer un véritable espace européen des qualifications, assurer une protection sociale à toute personne en formation dans un autre pays de l'Union, donner un statut juridique européen aux stagiaires, en sont quelques exemples.
Les bénéfices d'une formation, d'une recherche ou d'un enseignement dispensé dans un autre pays de l'Union européenne ne sont plus à démontrer : la mobilité transnationale favorise la coopération avec le monde du travail, démultiplie les possibilités de formation, permet le transfert de compétences professionnelles et de connaissances, développe le sens de l'initiative et de l'innovation... En clair, elle offre de meilleures chances pour affronter l'avenir, relève le niveau global des qualifications et contribue ainsi à la compétitivité et à l'emploi.
Or, en dépit d'appels répétés de la Commission, du Parlement européen et du Conseil des ministres (ce dernier depuis 1992), et bien que la libre circulation des personnes soit l'un des fondements de l'Union européenne, la mobilité transnationale des étudiants, des enseignants, des chercheurs et des travailleurs en formation demeure encore largement un voeu pieux.
Les entraves liées à la fiscalité et aux charges sociales ne sont pas les moindres. Elles sont particulièrement dissuasives pour les chercheurs boursiers qui voient leurs bourses réduites de moitié et même plus par les prélèvements imposés dans plusieurs pays membres. La Commission a certes corrigé la situation en prenant ces frais à sa charge. Mais cette formule ad hoc a pour inconvénient de diminuer d'autant les fonds communautaires destinés en principe aux seules activités de recherche...
Autres exemples : la "territorialité des bourses", qui fait que les étudiants titulaires d'une bourse nationale la perdent s'ils poursuivent leurs études dans un autre pays; l'absence de reconnaissance académique, par l'université d'origine, des études suivies à l'étranger en dehors des programmes communautaires comme ERASMUS; les difficultés, enfin, des étudiants à faire face aux coûts de leurs séjours dans un autre pays, que ne compensent guère des bourses en général très modestes (75 écus par mois en moyenne pour une bourse Erasmus). Et ce, alors que la demande ne cesse de croître : 170.000 étudiants ont bénéficié d'un soutien d'Erasmus pour l'année académique 1995/1996, alors qu'ils n'étaient que 3000 en 1987/88.